Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /Oct /2008 03:53

Il règne en Malaisie une ambiance de fin de règne assez confuse. Le premier ministre Abdullah Badawi, qui avait succédé à Mahatir (à la suite de la brouille de ce dernier avec Anwar Ibrahim) avait subi aux élections de mars dernier un revers douloureux. Contesté au sein de la coalition Barisan Nasional et même de son parti, il a proposé un plan de transition visant à céder la place au numéro deux du gouvernement, Najib. Mais l'échéance de 2010 que prévoit le plan n'a jamais fait un tabac parmi ses troupes et Pak Lah (ce petit surnom officiel et très paternaliste du premier ministre signifie "Oncle (Abdul)Lah") a finalement revu sa copie. Les deux décisions de repousser les élections internes du parti à mars prochain puis de ne pas être candidat aux élections en questions ont été successivement annoncées ces derniers jours, dans un suspense grand-guignolesque.

Dans ce contexte a ressurgi le débat au sujet de l'ISA, l'Internal Security Act. L'ISA consiste à placer en détention pour une période de deux ans au maximum, sans procès, toute personne qui menacerait la sécurité de la Malaisie ou provoquerait des tensions religieuses ou ethniques. Or le 16 septembre dernier une élue chinoise puis le rédacteur en chef d'un grand quotidien ont tous deux été placés en détention au titre de l'ISA. L'élue malaisienne chinoise Teresa Kok était accusée d'avoir voulu réduire le volume sonore du muezzin de la mosquée locale, et d'avoir refusé la mise en place de panneaux de signalisation en jawi, c'est à dire en langue malaise écrite en alphabet arabe. Après que quelques responsables religieux aient pris sa défense, Teresa Kok a fini par être libérée et intente un procès en diffamation. Tel n'est pas le cas du redacteur en chef de Malaysia Today. Il paie ses éditoriaux d'une mise en détention de deux ans et intente une procédure d'habeas corpus avec un espoir mesuré.

La fin de règne et les tensions au sujet de l'ISA rappellent combien la Malaisie est encore un régime autoritaire occupé à contenir les rivalités communautaires. Après vingt ans sous la férule de Mahatir, la politique d'ouverture et de libéralisation relative conduite par Abdullah reste largement inachevée.  Les tensions raciales et communautaires restent vives, et la place de l'Islam, très problématique, est un frein manifeste à la pleine émergence d'un sentiment national. La timide évolution initiée par Abdullah Badawi pourrait bien être remise en cause par son successeur Najib dès mars. C'est au fond cette crainte diffuse qui agite les Malaisiens aujourd'hui.

Par Pandi Panda - Publié dans : Asie du Sud-Est - Communauté : Asie
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